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Prendre soin d’un·e enfant neuroatypique

19 décembre 2025

Le monde n’est pas toujours clément envers les personnes neurodivergentes et encore moins envers les enfants neurodivergent·e·s. En effet, presque tous les aspects de la neurodivergence, des intérêts spéciaux intenses aux réactions émotionnelles surprenantes en passant par la distractivité, peuvent susciter les moqueries des pairs. Les enfants neurodivergent·e·s sont aussi souvent ciblé·e·s par la maltraitance institutionnelle. En effet, les réactions au stress et aux traumatismes sont une partie importante de la manière dont la neurodivergence est diagnostiquée, à un point tel qu’un·e enfant neurodivergent·e risque d’échapper complètement à l’avenue du diagnostic. Nous savons avec quasi certitude que les enfants neurodivergent·e·s atteignent l’âge adulte en ayant traversé des traumatismes et que les traumatismes seront presque certainement liés à ce genre de capacitisme omniprésent. Que cela signifie-t-il pour nous, en tant qu’adultes investi·e·s dans le bien-être de ces enfants?

Qui aidons-nous?

Il est facile d’identifier les enfants neurodivergent·e·s qui ont subi du capacitisme. Après tout, c’est la majorité d’entre elleux. Ce qui est plus difficile, c’est de parvenir à ce que notre aide les rejoigne vraiment, parce que ce genre de torts laisse des traces particulières dans le comportement et la personnalité.

●   Méfiance saine envers l’autorité

●   Confusion

●   Sensibilité

●   Haine de soi

●   Attitude défensive

Autorité

Pour les jeunes, les figures d’autorité et les établissements qu’elles incarnent ou représentent sont une catégorie de personnes entièrement distincte des pairs et des autres personnes avec qui elles peuvent tisser des liens personnels. Contrairement à leurs pairs, les parents, les médecins, les systèmes scolaires et autres figures du genre peuvent agir au nom d’un·e enfant sans son consentement enthousiaste et cette réalité différencie fondamentalement ces relations. Les enfants sont assez futé·e·s pour savoir lorsqu’un établissement ou que ses représentant·e·s agissent en fonction de leurs intérêts plutôt que des siens, ou offrent des conseils qui seraient mieux adaptés à un·e enfant différent·e, par exemple neurotypique. Conséquemment, l’enfant neurodivergent·e risque de considérer les mots des adultes comme n’étant que des bruits que font les adultes qui ne sont pas significatifs, ou comme des paroles qu’iel doit analyser afin de trouver des indices de la manifestation de ce pouvoir, plutôt que comme une preuve qu’un·e adulte est réellement là pour ellui.

D’abord et avant tout, un·e adulte qui cherche à aider un·e enfant doit gagner sa confiance. Chez les enfants avec cet historique, cela implique de valider ses difficultés et ses observations et, au-delà de cela, d’être prêt·e à directement nommer que d’autres adultes dans leur vie ont manqué à leurs devoirs. Sans cette admission, l’enfant risque de vous considérer comme une partie d’une énorme masse d’adultes inutiles, davantage intéressé·e·s à protéger ou préserver leurs relations avec d’autres adultes que de véritablement remédier aux problèmes de l’enfant.

Confusion

Un·e enfant neurodivergent·e induit·e en erreur par les adultes dans sa vie aura tendance à ne pas vraiment se comprendre ou à ne pas comprendre ses enjeux. C’est d’autant plus vrai si des adultes lui ont menti directement, par exemple s’iels ont dit à l’enfant que les autres enfants ne læ trouve pas étrange ou rébarbatif·ve alors que le contraire est évident. Qu’iels cherchent désespérément la compréhension, se résignent à faire sans ou s’agitent jusqu’à ce que quelque chose fonctionne, iels ne peuvent pas agir de manière autonome avant de comprendre ce qu’iels vivent.

Si la confusion est votre inquiétude primaire, vous avez de la chance. La confusion est un état de fonctionnement fondamentalement négatif et les personnes embrouillées sont souvent motivées à faire quelque chose pour résoudre ce sentiment, si elles ne se sentent pas déjà sans ressources. Justement, les ressources sont parfois tout ce qui manque pour comprendre la situation, après quoi l’enfant sera peut-être en mesure de progresser de manière autonome. Même s’iel ne peut pas progresser de son côté, iel sera mieux placé·e pour demander l’aide particulière dont iel a besoin et pour recevoir cette aide une fois qu’iel a compris le problème qui l’affecte.

Sensibilité

La neurodivergence vient souvent avec de grandes émotions, plus grandes que ce qui est déjà habituel chez les enfants de manière générale. Cela peut se manifester de façon particulièrement intense lorsqu’un·e enfant neurodivergent·e essaie et échoue une même tâche à répétition, surtout s’il s’agit d’une tâche relationnelle comme communiquer avec de nouvelles personnes ou défendre ses propres intérêts. S’iel essaie encore et n’a toujours pas abandonné, c’est bien, parce que cela signifie qu’iel a toujours de l’espoir et vous pouvez diriger cet espoir vers des gestes plus génératifs. Trouvez ce qui trouble l’enfant et donnez-lui les conseils les plus adaptés et précis que vous pouvez. Cette sensibilité fait que l’enjeu paraît particulièrement important et l’enfant aura une réaction démesurée dans l’éventualité où iel échoue de quelconque manière, donc choisissez bien vos conseils.

Le danger le plus important à éviter est la paix vicieuse qui se trouve dans l’échec répété. Générer le même résultat de manière prévisible et répétée, même si le résultat est horrible, crée un sentiment de pouvoir et de contrôle, alors qu’essayer de nouvelles choses est vulnérable. Une personne peut s’attendre à, se préparer à et même apprendre à encaisser une douleur seulement si elle est connue. Cette voie mène à des comportements automutilatoires; des conseils qui fonctionnent réellement pour elles, dans le contexte de la situation directement devant elles peuvent orienter les personnes sensibles et les diriger vers une autre voie.

De façon similaire, l’enfant a besoin d’un bon groupe de pairs lui offrant la sécurité nécessaire pour grandir. Ce groupe de pairs peut aider l’enfant à sortir de sa zone de confort et à apprendre à le faire avec plus de confiance. Cela peut aussi l’aider à pratiquer des situations qui lui causent actuellement de la peur. Un tel groupe peut diminuer les sentiments de peur entourant les situations auxquelles iel fera face dans le monde, lui permettant ainsi d’aller de l’avant.

Cette sensibilité chez l’enfant est un don et non une malédiction. Même si l’enfant ne le voit peut-être pas encore, ce genre de sensibilité aux émotions des autres lui sera bénéfique plus tard dans sa vie, lorsqu’elle fera toute la différence dans ses amitiés, ses relations intimes, ses milieux de travail et plus encore. Ce serait une perte monumentale de les laisser dissimuler ce don sous une cicatrice, où celui-ci ne pourra plus l’aider à composer avec des situations sociales variées. Ces enfants doivent conquérir cette peur et non l’enterrer.

Haine de soi

L’un des traits les plus communs parmi les enfants neurodivergent·e·s est la haine de soi. Il est facile pour ces enfants, surtout s’iels sont déjà plus sensibles que la majorité des autres enfants, d’intérioriser leur frustration et de commencer à espérer d’être différent·e·s. Les adultes de mauvaise foi encouragent souvent ce sentiment en demandant la suppression complète des traits neurodivergents (surtout en public) et en traitant toute émergence de ces traits comme étant un geste hostile de la part de l’enfant. De façon semblable, l’enfant peut avoir l’impression que personne ne læ comprend vraiment, ou que toute l’information sur ellui qu’iel partage devient des armes entre les mains des autres. Peu importe le cheminement, le résultat est le même : la haine de soi, souvent accompagnée d’un désir d’être rendu·e « normal·e ».

En ce moment, l’enfant dans cette situation n’envisage pas d’avenue vers un avenir qui semble être le sien. Ce qu’iel voit, au lieu, c’est un torrent d’échecs perpétuels alors que ses traits neurodivergents læ ruinent et lui arrachent toute possibilité d’un réel avenir, ou encore une extinction de soi où iel arrive à gérer ou réprimer cette partie d’ellui et devient un·e adulte méconnaissable. En tant qu’adulte dans sa vie, vous devez leur montrer qu’il existe une troisième avenue : un avenir où sa neurodivergence devient une partie intégrée de sa personne qui mérite d’être célébrée. Une partie non sans difficulté, mais pas non plus uniformément destructive. Offrez des modèles de possibilités qui illustrent ce genre d’avenir pour que l’enfant puisse se l’imaginer.

Dans le même ordre d’idées, l’enfant a besoin d’un groupe de pairs soutenant. Les liens avec les pairs offrent un espace d’une valeur inestimable où l’enfant peut parler de ses perspectives et stratégies d’adaptation. Ce genre de groupe permet également de donner accès à des notions sur des sujets trop courants par rapport auxquels les enfants sont mieux informé·e·s que les adultes. Il y a toutefois un côté sombre au soutien entre pairs, alors que les groupes qui encouragent la radicalisation menant à la violence existent en ligne pour tous les enjeux imaginables et servent à cultiver activement le désespoir au sujet d’enjeux particuliers. Il n’y a pas de manière responsable d’empêcher un·e enfant de fréquenter ces espaces, mais une quantité suffisante de soutien peut rendre l’enfant assez optimiste afin que, s’iel se retrouve dans un de ses espaces, iel sera rapidement évincé·e parce que ses histoires de succès gâchent l’ambiance.

Une fois que l’enfant arrive à accepter les parties d’ellui qu’iel détestait auparavant, iel pourra grandir et réaliser son plein potentiel.

Rejet

Parfois, l’enfant arrive à vous et a déjà abandonné. Un·e enfant peut devenir sous votre charge et rejeter ouvertement les conseils des autres ou l’idée que communiquer sert à quoique ce soit. Iel peut sembler paresseux·se, mécontent·e, au-dessus de tout et désintéressé·e par les enjeux de sa propre vie, mais vous seriez dans l’erreur si vous croyiez que cela reflète qui iel est vraiment. Un·e enfant dans cette situation a appris que la participation est une avenue vers la douleur a plutôt choisi de se réfugier à l’intérieur d’ellui-même.

L’élément clé à comprendre est qu’il s’agit d’une armure. Quand rien n’importe et rien ne paraît réel, rien de ce qui arrive à une personne ne lui arrive réellement à elle. C’est la projection, le masque, la carapace qui écope : l’intimidation, les mauvaises notes, trébucher et tomber, tout. Cette stratégie protège l’âme contre la douleur qui, selon les conclusions de l’enfant, ne peut être vaincue, seulement endurée. Le problème, c’est que les belles choses ne se rendent pas non plus. Ce genre d’engourdissement extérieur et de dissociation ne discrimine pas et mène à une existence terne et sans vie.

Peu d’enfants dans cette posture sont autant « au-dessus de tout » qu’iels ne le semblent. Il y a presque toujours quelque chose qui compte assez pour elleux pour susciter de l’engouement et il incombe aux adultes bienveillant·e·s de trouver cette chose et de l’inviter à s’ouvrir ne serait-ce qu’un petit peu. Si les autres sont des tempêtes à calmer ou des bateaux à naviguer dans des cours d’eau étroits, cet·te enfant est du petit bois d’allumage. Il importe de faire preuve de prudence. Quand la dissociation est le mécanisme de défense de choix, ce qui se trouve sous l’armure est habituellement fragile. Vous devez vous assurer que quand la carapace se fendra, c’est parce que l’enfant en émerge et non parce qu’iel a été brisé·e.

La personne sous l’armure risque d’être une âme particulièrement sensible qui a peu d’autres mécanismes de défense. Iel a beaucoup à apprendre sur les manières d’exister sans une telle protection totale et ne devrait pas être contraint·e à apprendre de nouvelles approches de protection dans la même situation qui l’a mené·e à enfiler cette armure à la base. Chaque émergence ratée complique la prochaine. Montrez-leur une avenue meilleure et plus saine.

Conclusion

En tant qu’adulte en position d’offrir une meilleure vie à un·e enfant neurodivergent·e qui a été maltraité·e, vous avez trois tâches devant vous : gagner sa confiance; lui montrer une meilleure avenue et; l’aider à se trouver. Ce que cela veut dire variera en fonction des torts particuliers que ce monde cruel a infligés à l’enfant et de comment cet·te enfant y a réagi. Il y a toutefois des tendances et des histoires utiles pour chacune de ces tendances. Nous pouvons les aider à envisager un avenir meilleur. Je crois en nous.

Alyssa Gonzalez